Endommager le bien d'autrui en pensant le rembourser.

15.07.19

Pergunta

Question : Bonjour, j'habite dans un immeuble où il y a beaucoup d'occupants, bli ayin ara.  Nous avons un parking privé pour y garer notre voiture. Baroukh Achem, j'ai une voiture et je la gare là-bas, car de toute façon, nous habitons un quartier où on ne trouve pas à se garer. J'ai un voisin qui se gare à coté, mais il y a un problème. En effet, bli ayin ara pour lui, il a une grosse voiture et lorsque je dois sortir la mienne, je dois faire attention de ne pas lui érafler la carrosserie. Il se gare du mieux qui peut, mais il oublie très souvent de rabattre ses rétroviseurs extérieurs. C'est quand même possible de sortir, mais ça prend plus de temps. Je lui ai fait la remarque plusieurs fois, mais il est étourdi. En plus, ça ne fait pas très longtemps que j'ai eût mon permis. Aussi, j'ai pensé à l'aider de s'en rappeler tout simplement en lui éraflant sa voiture exprès. Bien sûr, je lui paierais les frais, sans même passer par l'assurance pour qu'il n'ait pas de malus. Je voulais savoir si j'ai le droit de faire cela. Merci pour votre réponse !
 

Resposta

Réponse : Chalom ouvrakha, c'est une question très pertinente et à la vérité, je comprends votre exaspération.
Aussi, pour répondre à votre question, nous allons béézrat Achem voir quelques points ensemble. Tout d'abord savoir et-ce que le fait de vous empêcher de sortir peut être assimilé à un dommage. Aussi, est-ce que cela ne s'appelle pas qu'il est dans votre domaine d'une façon illégale. Enfin, votre question : y a-t-il une interdiction d'endommager, en pensant rembourser ?

Le Ktsot Ah'ochen (333, 2) écrit clairement qu'on ne peut condamner celui qui empêche un gain à son prochain en lui bloquant son argent. Ceci même s'il devait gagner d'une façon certaine. Comme par exemple, s'il l'a empêché de récupérer son argent, et à cause de cela il n'a pu réaliser une transaction qui devait le faire gagner. Il explique que ce n'est qu'un dommage causé indirectement ("grama"). Le fait de paralyser un bien d'autrui n'endommage pas l'objet si on ne l'a pas déplacé, car si on l'a déplacé sans autorisation cela est du vol. A l'inverse, bloquer une personne est, oui, considéré par la Torah comme un préjudice condamnable, puisque celui qui blesse son prochain se doit de lui rembourser les frais de jours chômés qu'il ne pourra travailler. Tout comme le Ktsot, le Chakh (292, 15) ne rend pas responsable celui qui a bloqué le bien de son prochain. Donc, vous ne pouvez rendre responsable votre voisin de vos retards.

En ce qui concerne la 2ème question, le Choulh'an Aroukh (378, 6) écrit que celui qui endommage le bien d'autrui n'est pas responsable si l'objet était dans le domaine de l'endommageur sans permission. Cependant, cette dispense n'est valable que si le responsable du préjudice a endommagé sans faire exprès. Vous voyez que le fait de rentrer dans le domaine du voisin ne peut autoriser le propriétaire de l'endommager. Vous ne pouvez pas endommager sa voiture en préconisant qu'elle est dans votre domaine.

Il nous reste à répondre à votre question, c'est-à-dire de savoir s'il y a un interdit de porter préjudice à son prochain. La guémara de Baba Kama 51a demande comment est-il possible d'avoir un trou creusé dans le domaine public appartenant à 2 associés. La guémara exclut le cas où l'un envoie l'autre creuser ce trou car nous avons un principe que lorsque l'un envoie l'autre faire une 'avéra (faute), on ne reporte pas la faute à celui qui l'a envoyé, mais à celui qui a commis l'interdiction, car comme l'explique Rachi, il n'avait qu'a pas l'écouter car il avait l'obligation d'obéir à son Créateur avant tout. De cette guémara, il en ressort clairement que causer un dommage est une faute de la Torah. La guémara ne dit pas quelle interdiction, on transgresse en endommageant. Aussi, les commentateurs ont amené plusieurs possibilités. Le Minh'at H'inoukh (mitsva 53) ramène que du Rambam (Hilkhot Rotséah', 11, 4), il en ressort que l'interdiction est de ne pas mettre de sang dans sa maison (Ki Tétsé, 28, 8). C'est le verset qui parle de l'obligation de poser une barrière sur le toit pour que personne ne vienne à tomber h'ass véchalom. Celui qui a parlé longuement sur la question, c'est le Kéhilot Yaakov sur Baba Kama (siman 1), il rapporte le Gaon de Vilna (H'ochen Michpat, 155, 8) qui pense que l'interdit est tout simplement de ne pas mettre d'embûche devant le non-voyant (Kédochim, 19, 14) et aussi de la mitsva d'aimer son prochain comme soi-même. Le Tchouvot Aroch (klal 108) dit que cela vient du verset qui parle de la Torah : "que ses chemins sont agréables". Enfin, le Kéhilot Yaakov penche plutôt à, dire que cela provient de l'obligation de rendre l'objet perdu par son prochain et de l'interdiction de ne pouvoir se soustraire à l'obligation de lui rendre (Ki Tétsé, 22, 3). Terminons par ce qu'écrit le Tour (H'ochen Michpat, 378, 1) qu'il est interdit d'endommager le bien d'autrui, au même titre qu'il est interdit de le voler, et cela, même s'il n'en profite pas. Le Kéhilot Yaakov comprend que selon le Tour, l'interdit est de ne pas voler. Pour terminer, il faut savoir que le Choulh'an Aroukh ramène cela et donc la halakha ne permet pas d'endommager le bien de son prochain, même en pensant à rembourser les frais. Je vous conseille plutôt de lui mettre un écriteau qui lui rappellera de rabattre ses rétroviseurs, ou de lui demander franchement (avec le sourireJ) ce qu'on peut faire pour qu'il s'en rappelle.
Béatslah'a !